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Rezension

L’Antiquité Classique 81, 2012

Le cinquième volume de la collection Vertumnus, des éditions Ruprecht, accueille une etude d’A. Coskun consacrée à la citoyenneté romaine chez Cicéron à partir du Pro Archia. Divise en Sept sections bien différenciées, l’ouvrage est construit suivant trois grandes dimensions: une bibliographie; une discussion du discours et des problèmes historiques et littéraires qu’il soulève; et, enfin, une édition du texte accompagnée d’un commentaire linéaire ainsi que d’une traduction allemande. Le titre de l’ouvrage est donc en partie trompeur et seul le sous-titre en donne la teneur exacte: une édition commentée, augmentée d’un essai d’une cinquantaine de pages. La nécessité d’une édition nouvelle de ce texte n’est pas évidente car elle intervient après bien d’autres. Sans remonter au XIXe siècle et à A. Klotz, mentionnons édition d’A.C. Clark, parue en 1910 dans les Oxford Classical Texts. Elle fut suivie par l’édition de N.H. Watts dans la Loeb en 1923 (fondée sur le texte d’A. Klotz); par celle de F. Gaffiot en 1938 pour la CUF; par celle d’H. Kasten en 1966 pour la Teubner ainsi que par un certain nombre d’autres éditions allemandes et italiennes parmi lesquelles celle d’E. Paratore et G. Funaioli ou celle d’H. et K. Vrestka. Ce discours a donc une riche histoire éditoriale — présentée de façon très simplifiée ici — qu’il serait encore possible d’allonger de la liste des gloses existantes. Conscient de cette difficulté, A. Coskun la reconnait des l’introduction. Pour la contourner, il met en avant l’absence d’un commentaire historique prenant véritablement en compte les aspects juridiques, politiques et sociaux, présentant son travail comme des remarques historico-philologiques plus que comme un commentaire en bonne et due forme (p. 8). Au-delà d’une distinction subtile, notons un oubli. En effet, sa bibliographie fait bien état de l’édition CUF, qualifiée de »bester krit. T.«, mais ignore sa revision en 1989 par Ph. Moreau. Même si cette dernière n’a pas touche au texte de F. Gaffiot et à son apparat critique, elle propose une introduction complémentaire ainsi qu’une revision de la traduction et des notes. De meme, l’absence de certains travaux d’U. Laffi dans une bibliographie par ailleurs assez complète est surprenante. Enfin, il est déconcertant de trouver la notice sur la tradition manuscrite à orée de la bibliographie. Elle aurait été mieux à sa place avant le texte proprement dit. Cette notice, courte, synthétisé les recherches antérieures sans modifier les sigles des manuscrits. Le stemma propose reproduit celui d’H. Kasten. La section centrale de l’ouvrage, constituée des fameuses remarques historico-philologiques débute à la p. 27. Comportant trois parties, elle commence par une introduction générale sur le procès, se pour-suit avec le contexte historique et juridique et s’achève sur les aspects rhétoriques et argumentatifs. L’ensemble est bien informe car ce livre s’inscrit dans la continuité d’autres travaux d’A. Coskun sur les »auswärtige Freunde« et la citoyenneté à Rome. La partie consacrée au procès resume la situation d’Archias et revient sur la suggestion de datation de J. Bellemore pour lui préférer la date traditionnelle de 62 (J. Bellemore, The Date of Cicero’s Pro Archia, Antichthon, 36, 2002, p. 41–53). Ce passage s’achève sur une presentation de l’organisation du discours assez classique. Vient ensuite le contexte historique et juridique du procès. La situation avant 91 est brièvement traitée et an pourra en particulier regretter deux choses. Tout d’abord, la question du ius migrandi est peu évoquée tandis que le récent article de W. Broadhead n’apparait pas dans la bibliographie (W. Broadhead, Rome’s migration Policy and the so-called ius migrandi, CCG, 12, 2001, p. 69-89). De même, les rapports complexes de la loi Licinia Mucia de 95 avec le déclenchement de la guerre sociale sont peu approfondis (p. 35–36). D’une façon globale, les interpretations proposées de cette loi laissent le lecteur sur sa faim. A. Coskun offre ensuite un bon état de la question pour ce qui concerne la guerre sociale et les evolutions de la legislation romaine durant cette période tandis que la lex Plautia Papiria de 89 bénéficie d’une presentation détaillée (p. 43–50). Cette section s’achève par un rapide excursus sur le cours des évènements postérieurs et par une analyse de la lex Papia de 65. La dernière section du commentaire se penche alors sur les aspects plus proprement rhétoriques du discours: la nature des arguments choisis (notamment le fait que Cicéron s’attarde peu sur les aspects juridiques au profit d’une argumentatio extra causam), les choix stratégiques de Cicéron et les dessous politiques du procès. Concernant l'édition du texte, l’auteur — dont c’est apparemment la premiere édition critique — n’a pas procède à une nouvelle collation des manuscrits et s’appuie sur les editions antérieures. Son texte est précède d’un commentaire linéaire, lequel alterne remarques stylistiques et littéraires avec d’autres de nature philologique et historique. II n’y a pas d’apparat critique proprement dit accompagnant le texte en note de base de page. C’est donc dans le commentaire linéaire qu’on trouvera les justifications des leçons choisies, et des discussions qui fournissent un point complet sur les problèmes textuels. Le plus souvent, A. Coskun suit la Teubner et/ou la CUF au detriment de la version Clark. Ainsi, au § 5, il propose sed etiam hoc non solum ingeni ac litterarum (G, E) et ne suit pas la modification d’A.C. Clark: dedit etiam hoc non solum lumen ingeni ac litterarum (cf. p. 89). De même, au § 13, il choisit la leçon atque hoc adeo mihi concedendum est (G, E) et délaisse la suggestion d’A.C. Clark (Madvig et Nauck): atque id eo mihi concedendum est. Dans de rares cas, A. Coskun opte cependant pour la version Clark. Ainsi, au § 9, il écrit, à la suite d’A.C. Clark, his igitur in tabulis (ajout d’Eberhard) au lieu de his igitur tabulis. De même, au § 10, il suit également A.C. Clark en proposant le texte aliqua arte prceditis gratuito ciuitatem in Græcia (G) au lieu de aliqua arte prceditis grauatim ciuitatem in Græcia (suggestion de F. Gaffiot, cf. p. 107-108). Le texte propose est donc largement le fruit d’une méditation sur les éditions antérieures mais il fournit aussi des lectures nouvelles. Au § 11, alors qu’A.C. Clark propose eis temporibus is quem tu criminaris, que la CUF et la Teubner optent pour iis (ou hic iis selon F. Gaffiot) temporibus, quem tu criminaris (Garatoni) A. Coskun suggère eis temporibus, quibus tu criminaris (ed. Asc.). Au § 13, il remplace quantum denique alueolo (G) par quantum denique alece (a et f). Au § 14 cogitatione devient cognitatione. Au § 25, quas tum uendebat (G, E, V) est remplacé par quas tunt uendebat (f) Surtout, au § 28, est avancée une lecture différente d’un mot particulièrement corrompu du texte. Il s’agit du passage hunc ad perficiendum adornaui. La lecture adornaui est celle d’A.C. Clark et de la CUF (mais aussi d’A. Klotz, H. Gotoff ou E. Narducci). H. Kasten propose adoptaui et A. Coskun adhortaui à partir d’une réflexion sur les manuscrits (G, V) et sur le contenu potentiel de l’archétype (cf. p. 143). Au § 30, il propose de retirer animi du membre de phrase ad aliquam animi mei partem pertinebit. Enfin, l’ultime différente significative concerne un autre passage délicat, situe au § 32. A. Coskun propose quæ ferme aliena a mea iudicialique (a, k) là où A.C. Clark donne quæ a foro aliena iudicialique (Garatoni) F. Gaffiot quæ fere a mea iudicialique et H. Kasten quæ firme a me iudicialique (G, E, cf. p. 146). En conclusion, comme il l’explique dès ses remarques préliminaires, le livre d’A. Coskun s’adresse en priorité moins aux spécialistes qu’aux étudiants et aux professeurs auxquels il souhaite apporter une édition récente du Pro Archia, qui prenne en compte une littérature scientifique souvent difficilement accessible et offre une revue des hypothèses interprétatives (p. 9). De fait, s’il ne révolutionne pas la recherche sur ce discours de Cicéron, l’ouvrage présente en revanche une synthèse à jour des problèmes et des difficultés soulevés par ce texte court mais important. Il offre ainsi aux lecteurs germanophones une bonne porte d’entrée dans les questions de citoyenneté à Rome à la fin de la République et remplit, à ce titre, sa fonction. Il ne saurait toutefois remplacer les editions antérieures ni le recours à des ouvrages plus spécialises.
Thibaud Lanfranchi

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